Projet NOVA
C’est une première à Mulhouse : désireuse de favoriser l’aboutissement d’un projet d’« autopromotion » immobilière sur le modèle allemand des « Baugruppen », la Serm lance un appel à candidatures et met à disposition 4000 m² de terrain, au cœur d’un quartier Neppert en pleine mutation.
Réglons tout d’abord un point de vocabulaire : non, il ne sera pas question ici de réclame personnelle ni de publicité égocentrique. Par « autopromotion », on désigne juste un mode de construction qui a déjà eu son heure de gloire dans les années 70 : des particuliers, réunis par des liens d’amitié, une vision commune de l’urbanisme ou tout simplement de très prosaïques contraintes financières, se regroupent afin de concevoir, de financer et de réaliser ensemble un projet immobilier, conçu pour répondre au mieux à leur (s) désir (s). Autre avantage non négligeable : la maîtrise d’ouvrage (collective) permet aussi de maîtriser les coûts… Ou au moins leur transparence.En France, assez inexplicablement, la vogue de l’autopromotion s’est étiolée à partir du milieu des années 80, alors que les projets menés à bien ont continué à se multiplier en Europe du Nord, en Suisse et bien sûr en Allemagne, où les « Baugruppen » sont monnaie courante — on peut par exemple citer les exemples classiques des deux Éco-quartiers de Fribourg et Tübingen.
Renforcer l’attractivité résidentielle de Mulhouse Et chez nous, à Mulhouse ? Jusqu’à ce jour, rien. En tout cas pas officiellement. C’est ici qu’intervient la Société d’équipement de la région mulhousienne (Serm), qui vient de réserver un îlot de 4000 m², sur les 10 hectares de terrain que compte la Zac (zone d’aménagement concerté) des « Jardins Neppert », afin d’y permettre la réalisation d’une opération d’autopromotion. Un nom de baptême a même déjà été choisi : ce sera le projet Nova. « Il peut paraître paradoxal qu’une structure comme la nôtre, un aménageur public, s’intéresse à l’autopromotion, concède le directeur général de la Serm Robert Pelissier. Pourquoi le fait-on ? Parce que le but de la Serm, au bout du compte, consiste à renforcer l’attractivité résidentielle de Mulhouse et cela passe entre autres par la diversification de l’offre de logements : du locatif, de l’accession à la propriété dans de l’habitat neuf, dans de l’ancien rénové… » La conclusion du raisonnement coule de source : « Favoriser l’émergence d’un projet d’autopromotion, c’est aussi un moyen d’améliorer cette diversité de l’habitat. » Revenons un peu au sort de cet îlot de 4000 m². Qui dit « autopromotion » ne veut pas dire « absence de règles urbanistiques ». Nous sommes là en pleine ville, de surcroît au cœur d’une Zac, où des règles précises s’appliquent. Pas question, par exemple, de recouvrir les 4000 m² en question avec des pavillons individuels. En revanche, c’est une TVA réduite (5,5 %) qui s’appliquera à l’achat du foncier.
Tarif préférentiel Résumons.
Du terrain disponible, au beau milieu d’un quartier en pleine mutation, à deux pas du cœur historique de Mulhouse, des deux lignes de tram, des commerces, des écoles et des cinémas, le tout à un tarif préférentiel : le rêve de pas mal de monde. Reste maintenant à trouver les candidats, capables d’investir financièrement, mais aussi de s’investir, eux, personnellement, dans la conception puis le suivi du projet… D’où l’« appel à candidatures » lancé aujourd’hui.Le groupe qui en résultera (idéalement composé d’une dizaine de foyers), sera accompagné dans sa démarche par le cabinet d’urbanisme Redd, basé à Strasbourg. À ce stade, aucun calendrier précis n’est encore fixé, l’idée étant tout de même que le groupe soit constitué d’ici la fin de l’année. Quant au projet lui-même, 2011 constitue une échéance plausible pour son achèvement. Après tout, les Mulhousiens ne sont pas moins dégourdis que les Allemands, non ?
© L'alsace, Mardi le 07 Avril 2009 - Emmanuel Delahaye